Corrigés par des Boks aussi réalistes que physiques, les Bleus sont redescendus sur terre après leur nette défaite à Cape Town (42-17) pour leur premier test estival. Tentative d’explications.
Physique, défense, jeu au pied et touche : une classe d’écart
Outre la cuisante défaite, ce match a surtout mis en exergue le fossé physique que bon nombre d’observateurs pointent inlassablement entre l’Hémisphère sud et l’Europe, entre le Super 14 et les compétitions continentales, entre deux façons d’aborder le rugby diamétralement opposés. Samedi, les coéquipiers de Thierry Dusautoir ont tout tenté, tout essayé. Mais la puissance physique de leurs adversaires a suffit à faire pencher la balance en défaveur de Bleus marqués au fer rouge.
Malmené à l’impact, le XV de France s’est montré d’une fragilité extrême en défense. Et avec 7 plaquages manqués (sur 61 tentés, soit seulement 89% de réussite), les Bleus se sont mis tout seul en danger dans ce match. Une défense perméable qui a offert des boulevards aux Boks qui ne se sont pas privés pour enfoncer le clou et tuer le match. Le deuxième essai sud-africain inscrit par Aplon (8e), après avoir renversé Mermoz au contact, en est une des plus flagrantes illustrations…
Rapidement menés au score, les Bleus se sont évertués à jouer et à remonter les ballons en omettant l’un des éléments phares du rugby moderne : l’occupation du terrain. Alors oui, les Français se sont fait des passes dans ce match, réussissant deci delà à bousculer le rideau défensif des Boks, mais le jeu au pied d’occupation inexistant dans le camp tricolore apparaît comme une erreur de débutant. Là où Morne Steyn ne se posait guère de question en renvoyant les Bleus dans leur camp (sur 72% de ses coups de pied selon le Midol), les Français se sont fatigués… Et exposés aux contres sud-africains. La leçon est d’ailleurs identique en touche. Inconstante au possible, les Bleus ont perdu de précieuses munitions par manque d’application et de variation (pourquoi continuer à joueur en milieu d’alignement après les trois premiers ballons perturbés ?). Au final, les Bleus ont « donné » quatre ballons aux Boks et le docteur Matfield a encore prouvé sa science du placement pour contrer des combinaisons françaises trop lisibles et les lancers toujours approximatifs de Szarzewski.
La mêlée et l’envie comme consolation ?
Parmi les rares enseignements positifs, on peut noter que les Bleus, lorsqu’ils ont été capables de conserver la balle et de multiplier les temps de jeu, sont arrivés à déstabiliser le bloc sud-africain. Les deux essais de Rougerie et d’Andreu en sont la preuve et c’est bien dommage que les Français se soient montrés si fébriles dans l’application et la conservation car deux petits essais supplémentaires – au moins – semblaient à leur portée dans ce match.
Volontaires mais souvent brouillons, les Bleus ont souvent eu tendance à se disperser et s’isoler au contact offrant ainsi une multitude de munitions à des adversaires résolument plus frais. A vouloir trop en faire, les troupes de Marc Lièvremont ont notamment pêché par excès d’individualisme alors que la solution était bien d’ordre collective…
L’application de la nouvelle interprétation au sol n’a certes pas aidé le camp français. Mais les Bleus ne s’en sont finalement pas trop mal sortis. Certes, on peut attribuer une poignée de pénalités concédées à cette fameuse règle du plaqueur qui doit lâcher le plaqué, mais l’essentiel des fautes tricolores furent d’ordre physique avec par exemple des Bleus qui s’engagent trop loin et qui se coupent du soutien face à un rideau Boks toujours parfaitement alimenté.
La mêlée tricolore fut elle au diapason de son dernier Tournoi. Conquérante et dominatrice, elle permis souvent au XV de France de jouer en avançant. En bon soldat, Thomas Domingo a littéralement plié Botha pendant 40 minutes et alors que Poux pouvait poursuivre ce précieux travail de sape, monsieur Lawrence changea son interprétation en pénalisant curieusement le Toulousain dans le deuxième acte… Une solide performance du cinq de devant qui figure parmi les rares satisfactions de ce match.